Orgnac-sur-Vézère est une commune rurale de 305 habitants appartenant au canton d'Allassac, à l’arrondissement de Brive-la-Gaillarde et rattachée à la communauté de communes du Pays d'Uzerche. Elle fait aussi partie d’un territoire ayant obtenu le label "Pays d'Art et d'Histoire Vézère-Ardoise"attribué par le Ministère de la Culture.

Le vaste territoire d’Orgnac-sur-Vézère (18,8 km2) s'étire entre de superbes limites naturelles très boisées et sauvages : à l’est les gorges escarpées de la Vézère et à l'ouest la profonde et mystérieuse vallée de la Loyre. Au nord ce territoire est bordé par celui de la commune de Vigeois, et au sud par celui de la commune de Voutezac descendant vers le bassin d'Objat et de Brive.

L’habitat est très dispersé se répartissant entre le bourg où se trouve l’église et de multiples "villages" de quelques foyers.

Au début du siècle dernier, le bourg s’est allongé d’environ un kilomètre vers l’est avec la création d’un quartier «administratif » rassemblant la mairie, l’école et la poste; le vieux bourg restant plutôt le quartier «religieux» avec l’église, le presbytère, le cimetière, le monument aux morts, un calvaire, une « fontaine miraculeuse » et il y eut même un petit hospice tenu par des religieuses. De nos jours, dans le beau cadre de la place du bourg, à coté de l'église et de la fontaine, une ancienne forge restaurée est devenue un espace municipal agréable permettant d'accueillir diverses manifestations festives.

En s'éloignant vers l'est, au lieudit le Bois de Bourzat, se trouve le stade de rugby, domaine du "Club Athlétique Orgnacois" dont les succès ont souvent fait la fierté des habitants. Jusqu’aux années 90 il y avait là une auberge et une salle des fêtes qui furent un temps très renommées.

Le long de la grand'route D3, au lieudit les Fombiardes, s’était développé, jusqu’aux années soixante, un quartier «artisanal et commercial » : menuiserie, forge, garages, épiceries, café-restaurant, ferronnerie, minoterie, boulangerie, ... En l’an 2000, une salle polyvalente y a été construite à l'emplacement d’une école désaffectée.

Et plus loin au nord, en allant vers Vigeois, au lieudit le Poteau, un nouveau quartier d’habitations a été créé sous la forme d’un lotissement.

Au 18ème siècle, avant la Révolution, Orgnac était nommé Ornhac-lès-Glandier car les pères Chartreux du Glandier étaient propriétaires des lieux.
Le nom actuel d’Orgnac-sur-Vézère a été attribué en 1919. Il est à remarquer que ce nom aurait pu tout aussi bien être Orgnac-sur-Loyre car le bourg domine la Loyre qui coule juste en contrebas alors que la Vézère coule à plus de deux kilomètres au bas d'un autre versant.
Certes la Vézère est une rivière plus prestigieuse que la petite Loyre et Orgnac-sur-Vézère est un joli nom.

La D3 qui traverse la commune sur toute sa longueur au niveau du plateau est une belle et pittoresque route touristique faisant partie du Circuit de la Vallée de la Vézère.

Orgnac-sur-Vézère jouit d'un très bel environnement naturel et paysager, diversifié, composé de prairies et de bois dans un relief très vallonné.
De même le patrimoine bâti est remarquable notamment l’église reconstruite au 14ème siècle et le château-forteresse de Comborn (11ème, 15ème et 18ème siècle) juché sur un promontoire dominant un cingle de la Vézère.
En plus il faut considérer le petit patrimoine rural qui témoigne de l’histoire de cette contrée et qui mérite aussi d’être préservé et valorisé : des vieilles maisons et granges, des fours, puits, fontaines, moulins, forges, ....

Pierre-Gilles de Lupel Janvier 2011

 

1880 - 1895
Une période de grands travaux

 

De 1880 à 1895 la commune d'Orgnac s'est engagée résolument vers le monde moderne du vingtième siècle.
A cette époque la population était d'environ 1200 habitants et l
e Chemin de Fer Limoges-Brive était en construction dans les gorges de la Vézère.
En une quinzaine d'années, des projets essentiels ont été menés à bien par l'équipe municipale notamment les constructions de l'école et de la mairie, d'une autre école aux hameau des Fombiardes, de la route et du pont de Comborn, de la route et du pont de la Peyrade, le redressement des chemins vicinaux et de la route de Glandier à la route d'Objat, la mise en place d'un bureau de bienfaisance et d'une bibliothèque, ....

 
 

En août 1888, pendant les travaux du chemin de fer, une grève avait débuté à Orgnac aux carrières de Vaynas et de Cabirol. Le mouvement s'était propagé. Des centaines de grévistes se réunissaient régulièrement à Allassac et à Vigeois. Des troupes furent envoyées sur place. Des journalistes envoyés spéciaux de la presse nationale, séduits par la beauté des paysages, en oubliaient les problèmes sociaux. Ainsi un article du "Figaro" a évoqué une "grève champêtre et patriarcale dans un pays de douces collines, de belles eaux et de bosquets touffus, qui n'a nullement l'aspect rébarbatif des grèves du Nord" ...

La gare d'Estivaux : jusqu'à la fin des années cinquante cette gare a desservi utilement la commune d'Orgnac. De l'autre coté du pont, sous le château de Comborn, se trouvait un bel établissement, l'hôtel Boutot avec "chambres pour voyageurs" et "vins fins et liqueurs" ...
Le pont de Comborn : en attente de la construction de cet important ouvrage, un pont de bois à péage avait été construit en amont sur la Vézère. Par ailleurs à Vaynas, un gué était aménagé sur le chemin le plus aisé entre Estivaux et Orgnac.
La grande bâtisse "Mairie Ecoles" : le "château commun de tous les habitants de la commune"
Le pont sur la Loyre : construit au lieu-dit La Peyrade, accessible par une nouvelle route permettant de relier facilement le bourg d'Orgnac à Vignols
D'après Marcel Villeneuve qui, en 2016, a relaté cette belle page de l'histoire d'Orgnac dans une brochure de 70 pages illustrées disponible à la Médiathèque d'Orgnac

 

Le château-forteresse de Comborn
Etabli dans un cingle de la Vézère, le site de Comborn est occupé depuis l'Antiquité comme cela fut révélé par des fouilles récentes.(1)

Le Château ancien, véritable forteresse médiévale, dresse encore fièrement ses vestiges à côté d'un logis de 1753.

HISTORIQUE

Avant l'an mille, le château en bois dont on a retrouvé quelques vestiges, va subir le cheminement architectural classique des forteresses féodales du limousin. (1)

Dès le XIème siècle, première construction en pierre de la tour maitresse à 4 niveaux (il n'en reste qu'un) ainsi que trois salles souterraines dès le XIIème siècle. Destruction pendant la guerre de Cent ans aux XIIIème et XIème siècles.

Reconstruction d'un logis important, à partir de 1436, par Jean Ier, vicomte de comborn seigneur de Treignac, ainsi que d'une chapelle consacrée en 1455 à Sainte Madeleine. Leurs vestiges sont encore très présents.

Un incendie au milieu du 17ème siècle détruit le château. Un logis est reconstruit en 1753 par le Marquis du Saillant alors propriétaire.

Dans un style 18ème rustique limousin, cette demeure possède tout de même toutes les caractéristiques d'un château noble avec ses grands et ses petits appartements, son fournil, son pigeonnier comme le prouvent les différents inventaires retrouvés.

Depuis, hormis quelques saccages au 19ème siècle, aucune nouvelle construction, mais diverses restaurations.

Comborn était le siège d'une des plus anciennes vicomtés du limousin à côté de Turenne et Limoges au Xème siècle puis de Ventadour dès le XIème siècle. Ses principales seigneuries étaient : Treignac, Beaumont, Chamboulive, Chamberet, Rochefort et Allassac. Les seigneurs de Comborn, particulièrement les premiers, vont consacrer leurs actions à étendre leur puissance bien au-delà de la petite vicomté éponyme. Ils sont l'exemple type de l'implantation des premiers seigneurs féodaux mis en place afin de gérer les territoires pour le compte de l'autorité suzeraine de l'époque. Cette pratique résulte de la politique mise en place par Pépin le Bref puis Charlemagne dès le IXème siècle. (2)

Le premier Comborn identifié est Archambaud. Il n'est pas originaire du Limousin. Ses origines remontent à l'ancienne dynastie des Mérovingiens. Son nom d'origine germanique signifie franc, hardi, courageux et sincère... il précise un peu plus son ascendance. (3) Il affirme sa présence et sa légitimité en s'alliant avec les Ségur en épousant la fille de Foucher de Ségur, Ildéarde que l'on retrouve sur certaines chartes. (4)

Le second Archambaud se titrera vicomte vers 960 et deviendra le véritable fondateur de la dynastie. Il prendra Turenne vers 976 et prendra ainsi le titre de Vicomte de Comborn et de Turenne. Il mourra en 993. C'est le célèbre Archambaud Jambe Pourrie.

Son fils fondera Ventadour des 1036 et donnera naissance aux seigneurs de Ventadour et Ussel... Leurs successeurs laisseront de nombreuses traces dans la région : Monastères à Meymac, Aubazine et Glandier (5), Tour d'Allassac, cloitre à Tulle, Chapelles et églises (Armes des Comborn et Pompadour dans la chapelle nord de l'église Saint-Martial d'Orgnac).

Début XVIème siècle la seigneurie passe par héritage aux Pompadour, puis aux seigneurs de Pierre-Buffière et dès 1649 au Marquis du Saillant.

En 1800 Joséphine de Lasteyrie du Saillant, nièce de Mirabeau, épouse Jean-Baptiste Sirey et lui apporte Comborn en dot. La famille Sirey gardera le Château jusqu'en 2000. Il devient jusqu'à ce jour la propriété de la famille Bernard.

Le Château de Comborn recevra quelques hôtes illustres :

Honoré-Gabriel Riquetti Comte de Mirabeau (1749-1791), célèbre orateur pendant la Révolution, résidera à Comborn où il rendait visite à sa sœur, la Marquise du Saillant, alors propriétaire du château.

Jean-Baptiste Sirey, célèbre jurisconsulte français né à Sarlat 1762-1845). Son nom reste attaché au recueil des lois et arrêts. Il est l'auteur des codes Sirey toujours continués à ce jour.

Philippe-Auguste Jeanron, peintre dessinateur littérateur (1809-1877), deviendra directeur des musées nationaux en 1848 puis en 1863 directeur de l'école des Beaux-arts de Marseille. Ses deux enfants André et Catherine auront aussi quelques talents de peintres. La famille Jeanron est inhumée à Orgnac.

Le château et le site de Comborn, aujourd'hui trop méconnu et ignoré, possède pourtant une histoire riche souvent en relation avec l'histoire de notre pays. Les personnages qui y ont vécu, l'ancienneté de l'occupation montrent combien nous sommes en présence d'un des sites majeurs du Limousin.

1) Campagne de fouilles juillet-août 2002 Pays d’art et d-histoire Vézère-Ardoise.
2) Source B. Barrière : l’implantation des premiers vicomtes, début du pouvoir féodal.
3) Source B. Barrière : Berceau Bourbon l’Archambault, filiation dynastie des bourbons puis ascendance par Childebrand jusqu’à Mérovée et Clovis.
Documentation J. Vinatier
4) Cartulaire d’Uzerche : Vente d’une vigne à Roffignac en 926
Partage des biens de l’église d’Uzerche en 93O, vente de la villa d’Orliac de bar en 933.
5) Charte de la création du Glandier par Archambaud VI en novembre 1219 « pour le repos de l’âme de ses prédécesseurs et le pardon de leurs péchés ».

Une grande figure du Limousin féodal
Archambaud Vicomte de Comborn et de Turenne dit : « Jambe pourrie » (925-993). Il fut aussi surnommé « le Boucher » tant son ardeur au combat pour tailler ses ennemis fut grande. La prise de Turenne vers 976 lui causera une blessure qui ne guérira jamais. Il en décèdera en 993 et gardera jusqu’à la fin une jambe malade d’où son surnom. (Chroniques de Geoffroy de Vigeois.)

Honoré-Gabriel Riquetti de Mirabeau, beau-frère du Marquis du Saillant. Il séjournait à Comborn lorsqu’il rendait visite à sa sœur. Sa chambre existe toujours. Hormis son rôle pendant la Révolution française, il s’amusait dit-on à jouer les bandits de grands chemins. A la nuit, caché dans les bosquets, il criait aux passants effrayés « La bourse ou le vie!» cette farce avait pour but, selon la tradition, d’établir un climat d’insécurité à la veille de la Révolution. Il eût le destin que l’on sait…

Jean-Pierre Bernard Avril 2011