Les vitraux de KIM EN JOONG


2011- 2013 L’église d’Orgnac-sur-Vézère sur le chemin de lumière de Kim En Joong

En 2008, après la réouverture de la grande baie d’axe du chœur, une grande luminosité naturelle avait fait irruption dans l’église.
En évidence il devenait prioritaire de remplacer l’inesthétique et provisoire panneau de polycarbonate par un vitrail contemporain.
En 2009, dans son programme d’intervention, Stéphane Vallière, directeur du CAUE de la Corrèze avait même souligné : la réouverture de la baie d’axe, suite à la découverte de peintures murales, a modifié considérablement l’aspect lumineux de l’Eglise Saint-Martial. La clôture provisoire en polycarbonate de la baie du chœur confère à ce dernier une clarté lumineuse qu’il convient de conserver. …Un projet pour l’ensemble des baies de l’église doit être envisagé afin de créer un « évènement » artistique de qualité …. Un appel à projet est à demander à des artistes.
Il était donc entendu qu’il s’agirait d’un projet d’ensemble avec le remplacement de toutes les banales verrières décorant les différentes baies de l’église, y compris celles de la sacristie et de l’oculus dans le chœur.
 
Le père Kim En Joong à Orgnac-sur-Vézère
Pendant l’été 2011 Jean Pouget, président de l'association, en visitant la basilique Saint-Julien de Brioude, avait été émerveillé par les récentes créations de vitraux de Kim En Joong.
C’est en rêvant à une telle réalisation dans l’église d’Orgnac que l’association a invité le célèbre artiste et père Dominicain.
Quelques semaines après, le 26 août 2011, ce fut une belle surprise et un honneur de recevoir sa visite à Orgnac.
Cette journée fut merveilleuse et décisive, certainement mémorable pour la plupart des membres de l’association et des élus ayant participé à cette première rencontre avec le père Kim.
Ce matin là, le ciel était très gris et pluvieux. Le père Kim a découvert notre église dans une atmosphère particulièrement sombre, ce qui a peut être encore plus stimulé notre envie de recevoir sa lumière !
A l’intérieur de l’église, le père Kim s’est d’abord recueilli et a médité un long moment, les yeux fermés, assis sur un banc dans le chœur, puis il a célébré la messe.

Après la messe, il a observé attentivement les différentes baies existantes, contemplé les murs, les peintures, le retable, les sculptures et les modillons.
En sortant de l’église, avec enthousiasme, il nous a déclaré
«Je vais vous faire chanter les pierres». Nous avons compris que pour lui ce premier contact n’était pas anodin, qu’il aimait notre modeste église et qu’il avait déjà perçu ce que sa peinture de vitraux pourrait apporter à son ambiance générale.
Le père Kim nous invitait à emprunter son chemin de lumière.
Et le programme de la journée s’est improvisé et organisé tout naturellement.
Ce fut d’abord une réunion dans une maison du bourg pour mieux faire connaissance autour d’un café avec la participation de notre maire Marcel Dandaleix.
Etonnamment, sans trop parler, une grande connivence s’est immédiatement instaurée.
Le père Kim avait tout simplement mais fermement l’intention de créer une œuvre d’art dans notre église qu’il venait de découvrir.
Simultanément l’association s’est sentie engagée à tout faire pour que ce projet aboutisse dans les meilleurs délais.

Ensuite ce fut une rencontre et un déjeuner avec notre curé le père Nicolas Risso puis dans l'après midi quelques visites aux environs. La chapelle du village du Saillant, ornée de vitraux de Chagall, a particulièrement intéressé le père Kim.
En effet c’est en raison de son admiration pour Chagall que le père Kim, s’est lancé dans l’aventure des vitraux.
Marc Chagall avait créé des vitraux avec l’aide technique de Charles Marq, célèbre maître verrier et directeur de l’atelier Simon à Reims.
En 1989, alors que Kim En Joong était un artiste peintre reconnu, l’église d’Angoulême lui avait commandé un vitrail mais ce ne fut qu’après avoir rencontré Charles Marq que le père Kim avait accepté cette commande. C'est ainsi que le maître verrier de Chagall a fourni également au père Kim le moyen technique de prolonger sa peinture dans le vitrail.

Vitraux de Marc Chagall dans la chapelle du Saillant

Puis le père Kim a aperçu la Chartreuse du Glandier avant de visiter la chapelle Saint Blaise de Pompadour qui abrite les peintures murales d’André Brasilier, un art figuratif bien éloigné de l'art du père Kim.

Le soir, un dîner nous a permis, dans une atmosphère chaleureuse comme à la veillée, de discuter et de mieux se connaître.
Corée et Corrèze... Nous avons mélangé!
En toute simplicité, le père Kim nous a raconté son parcours extraordinaire d'artiste et de religieux. Il nous a évoqué sa famile et sa jeunesse dans son pays d’origine, le pays du matin clair, qui aujourd’hui avec son fabuleux développement économique, est devenu bien différent du pays de son enfance. Il regrette cette époque traditionnelle avant que le pouvoir et l’argent laissent moins de place à la spiritualité et à la religion.
Lorsqu’il en est venu à nous confier qu’il aurait aimé être un curé de campagne par exemple en Corrèze dans un village rural comme Orgnac, ce n’était pas feint.
Certes le père Kim est un homme atypique : coréen, prêtre et prédicateur, artiste-peintre. En tant qu’artiste il est célèbre dans le monde entier mais il montre une étonnante humilité. C’est dans la nature coréenne, lors de sa tendre enfance, qu'il avait fait connaissance avec les multiples couleurs de la verdure, des reflets des rizières, du bleu du ciel et de la lumière du soleil.
Plus tard, à Séoul, lorsqu’il suivait des cours de français dispensés par les Missions Etrangères de Paris, il avait vu une reproduction du tableau de Jean-François Millet, L’Angélus.
Ce tableau évoquant la religiosité du monde rural en France l’avait fortement impressionné : la simplicité de deux paysans ayant posé leurs outils pour se mettre en prière, le clocher lointain faisant retentir l’angélus et la lumière magique du coucher de soleil qui baigne le paysage.
C’est à cette époque que son attirance pour la France s’est développée en même temps que les premiers signes de sa vocation de peintre et de prêtre.

Lors de cette soirée bien d’autres sujets ont été abordés notamment les rencontres qui ont marqué sa vie d'artiste, les techniques de réalisation de ses vitraux à l'atelier Loire et certaines de ses créations à la Basilique de Brioude et à l’église de Montceaux-l’Etoile en Saône-et-Loire.

Cette visite du père Kim à Orgnac fut le début d’une belle aventure pour faire aboutir le projet des vitraux qu’il nous avait proposé de réaliser. Nous savions que ce ne serait pas facile d’assumer toutes les questions pratiques et administratives de ce projet et surtout d’en assurer le financement..!
C’est grâce aux efforts de tous, à l’engagement de la municipalité, au soutien de la paroisse et à l’opiniâtreté de Jean Pouget que le projet a pu aboutir dans un délai de seulement vingt-et-un mois.

Tout s’est enchaîné aussi naturellement que possible malgré d’inévitables aléas voire même quelques critiques défavorables à un tel projet pour notre église.

Deux semaines après la visite du père Kim, Bruno Loire, le maître-verrier collaborant avec le père Kim, est venu visiter l’église et prendre les mesures de toutes les baies afin d’établir les premiers devis.

 
Pour en savoir plus sur le père Kim En Joong voir ICI le site web de l'Institut Kim En Joong et voir ICI un film documentaire (55 minutes) ; "La fragilité des choses solides"
Pour en savoir plus sur le Maître-verrier Loire à Chartres cliquer ICI

La recherche de financement pour un projet avoisinant 80000 € !
Afin que la commune d’Orgnac obtienne une aide financière du Département, un appel d’offre au niveau national était nécessaire afin de respecter les règles des marchés publics.
Cette procédure s’est déroulée pendant six mois. Différents autres projets ont été attentivement examinés par une commission communale spécialement créée, avant que le projet Kim En Joong associé aux Ateliers Loire soit définitivement retenu.

Ensuite, dans le cadre d’une convention de partenariat pour la valorisation des territoires locaux, la commune pouvait compter sur l’aide du Conseil général à hauteur de 22000€ et d’EDF également à hauteur de 22000€.
Pour compléter le financement, la municipalité et la Fondation du Patrimoine du Limousin ont lancé un appel à des donations. Cette campagne de mécénat populaire a été financée par l'Entreprise J.M. Freyssinet et par notre association.
A l’église d’Orgnac, ce fut l’occasion d’une cérémonie de signatures de la convention de souscription publique en présence du père Kim, de Sophie Dessus, députée de Corrèze, de Jean Combasteil, délégué départemental de la Fondation du Patrimoine du Limousin, de Jean-Louis Courtaud, chargé de développement territorial à EDF, de Marcel Dandaleix, maire d’Orgnac et de Jean Pouget, président de l’association.

Voir le site de la Fondation du Patrimoine en Limousin Site de Fondation du Patrimoine
Le discours du père Kim fut rempli d’émotion : « … Je suis à la recherche de l’authentique, de lignes, de couleurs. Je ne veux représenter aucune image. L’image représente souvent des mensonges. Le vitrail n’est pas la froideur de l’écran, c’est quelque chose de transfiguré … un jour un groupe de juifs est venu visiter l’une de mes expositions à Paris. L’un d’eux m’a tendu la main et m’a dit : « Merci car je peux prier devant votre travail, vous avez démoli le mur entre vous et nous-mêmes ». Ce fut ma plus belle récompense… » et, d’une voix sourde, s’adressant aux habitants, il a conclu : « Soyez sûrs que je ne vais pas abimer votre belle église »
A l’échelle d’une si petite commune, la campagne de dons a remporté un succès remarquable en recueillant près de 18200 euros de la part de 148 donateurs.
Grâce à la contribution complémentaire de la Fondation du Patrimoine, le budget devenait quasiment équilibré. En novembre 2012 le conseil municipal, à l’unanimité, a validé la commande des vitraux et l'ordre de service de commencement des travaux.
 
Visite aux Ateliers LOIRE à Chartres
Un mois plus tard, une délégation d’une vingtaine de personnes, dont quatre élus, conduite par notre maire, s’est rendu à Chartres aux ateliers Loire pour rencontrer à nouveau le père Kim.
Bruno Loire nous a présenté le travail d’un maître verrier et la technique particulière de réalisation des vitraux de Kim En Joong : peinture sur verre, plusieurs cuissons dans un four à 670°C, application d’un émail et « trempe ».
Les outils du père Kim sont de longs pinceaux traditionnels coréens utilisés pour la calligraphie.
Le père Kim nous a présenté les premières maquettes de son projet pour l’église d’Orgnac.
Les 11 maquettes de Kim En Joong
Nous avons également visité le Centre International du Vitrail qui abritait à ce moment là une magnifique exposition « Entre Ciel et Terre » sur l’œuvre vitrail de Kim En Joong.
Ensuite une visite guidée de la cathédrale nous a permis entre autres d’admirer un ensemble de deux vitraux créé en 2006 par le père Kim dans la chapelle Sainte Catherine de la crypte Saint Fulbert.
Lauréat du concours Pèlerin 2012 « Un patrimoine pour demain »
Par ailleurs, pour obtenir une autre contribution au financement, l’association a présenté un dossier de candidature au concours 2012 « un patrimoine pour demain » organisé par le Pèlerin magazine.
Pour la population d’Orgnac ce fut l’occasion de montrer à nouveau son intérêt pour le projet en soutenant le dossier du concours avec plus de 150 signatures.
Parmi 140 projets présentés au niveau national le jury du concours a sélectionné 12 lauréats, dont le projet de Kim En Joong à l’église d’Orgnac-sur-Vézère.
La remise des prix a eu lieu lors d’une très belle soirée organisée à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, au Palais de Chaillot à Paris, en présence de notre maire et d’une délégation de notre association.
L’écrivain-historien Franck Ferrand, parrain de ce concours, et le président du jury Philippe Bonnet, Conservateur en chef du Patrimoine, ont remis ce prix de 4 000 € à Jean Pouget, président de notre association.
Puis ce fut de la joie et de l’émotion quand, dans une salle comble et un silence absolu, le père Kim En Joong délivra son message en pesant chaque mot :
« Avant tout j’ai été très impressionné par leur accueil si chaleureux.
En tout cas ce qui m’intéresse c’est la libération des ténèbres à la lumière, et ce qui m’intéresse avant tout justement c’est le monde de l’invisible.
Donc mon travail sera le fruit de ma prière. Il ne faut pas beaucoup penser ni parler trop mais il faut toujours travailler. ....
Si le patrimoine reste tel qu’il est, c’est un état stagnant. Donc il faut continuer.
Depuis la création du monde, la Création n’est pas terminée, même je dirais qu’elle est au commencement parce que la création finale sera la richesse d’amour.
Je voudrais participer à cela. La définition de l’art sacré pour moi c’est la présence magique.
Je ne fais pas de décoration. Si je fais de la décoration c’est pour prier, avec mon pinceau bien sûr. »

La réalisation
Les travaux à l’église ont commencé dès le 15 janvier 2013. C'est dans le froid et la neige que les compagnons de l’atelier Loire ont déposé les vitraux existants, et mis en place une clôture provisoire sur l’ensemble des baies de l’église.

Le18 mars 2013 à Chartres, c'est en compagnie de notre curé le père Nicolas Risso que nous avons eu à nouveau le privilège d'être reçus par le père Kim et par Bruno Loire dans l'atelier du maître verrier.

Bruno Loire nous a délivré beaucoup d'explications sur les techniques de thermoformage et de cuisson des couleurs.

Le père Kim nous a fait l'honneur exceptionnel de travailler devant nous. Nous avons assisté à des finitions du vitrail sud de la nef. Il nous a dévoilé ses premières réalisations pour notre église, notamment les cinq parties de la baie centrale et l'oculus ... impressionnant !

Entre autre, il nous a évoqué son interprétation des couleurs : Rouge pour l'amour, la passion et la générosité, Violet pour la pénitence mais aussi la noblesse, Bleu, couleur du ciel pour l'espérance et la pureté, Jaune solaire pour la joie et la lumière, Noir, que le père Kim aime beaucoup, pour la noblesse, la sobriété et aussi la mort et le vendredi saint, mais il précise que sans la mort il n'y aurait pas de résurrection ! ..., Vert pour la paix et la croissance, la réconciliation entre l'homme, la nature et son créateur, ...
 
La pose des 11 vitraux en mai 2013 par les compagnons du maître-verrier Loire
Et la lumière de Kim En Joong a réveillé les vieilles pierres de notre église avec des reflets magiques et de puissantes couleurs !
L'inauguration et la bénédiction des vitraux
L'inauguration des vitraux s'est déroulée le samedi 29 juin 2013 en présence du père Kim, de Monseigneur Bernard Charrier, évèque de Tulle, de Sophie Dessus, députée de Corrèze, d'autres personnalités et des généreux donateurs.
Le père Kim, des membres de sa famille et quelques uns de ses amis, dont six soeurs du couvent des dominicaines d'Ambert, ainsi que Bruno Loire, ont séjourné parmi nous à Orgnac pendant un long weekend plein de joie et de gaité. Ce fut l'occasion de repas très amicaux et aussi d'une brève excursion dans le petit village d'Ajat en Dordogne où l'église abritera bientôt d'autres vitraux du père Kim.
Et le dimanche 30 juin, jour de la fête de Saint Martial, c'est dans une église comble, qu'une belle et émouvante messe de bénédiction des vitraux a été concélébrée par le père Nicolas Risso et le père Kim.
Ce jour là, le soleil brillait particulièrement dans le petit bourg d'Orgnac et notre église était envahie par la lumière et les puissantes couleurs du Père Kim En Joong.

Ces vitraux ne sont pas qu’un simple embellissement mais marquent une renaissance pour l’église d’Orgnac-sur-Vézère.
Nous ne dirons jamais assez merci au père Kim En Joong d’avoir choisi notre modeste église, au fin fond de la campagne corrézienne, pour y exercer son art religieux et artistique de « passeur de lumière » alors qu’il rencontre des opportunités dans bien d’autres endroits autrement plus prestigieux.
Tout laisse croire qu’à Orgnac-sur-Vézère, le père Kim, artiste-peintre et moine prédicateur, a voulu exercer, à sa manière bien sûr, un ministère de « curé de campagne », selon une vocation intime qu’il nous avait confiée.

En effet c’est en priant, pinceau à la main, qu’il a réalisé les vitraux d’Orgnac. La lumière et les reflets de ses vitraux vont impressionner et réconforter longtemps les habitants, les visiteurs, les croyants ou non-croyants.
Grâce à lui, au XXIème siècle, la vieille église d’Orgnac reste plus que jamais un superbe espace de méditation ou de perception de la lumière divine
 

Pierre-Gilles de Lupel Juin 2013

Et en avril 2014 : Belle surprise du père Kim ! Celui-ci non entièrement satisfait de sa réalisation du grand vitrail de la baie axiale, a tenu à perfectionner son oeuvre et à nous offrir une nouvelle version de cette grande baie. Magnifique ! Encore plus beau !  
 
"Ces vitraux projettent une lumière extérieure étonnante, effervescente, qui détrône l'atmosphère sombre et triste de nos églises de Corrèze, figurant de ce fait le déclin de la vie ...
Cette lumière est un appel vers la résurrection et la vie " Yvette Sagne, une habitante d'Orgnac
A l'intérieur comme à l'extérieur de l'église, de jour comme de nuit, les effets visuels sont magiques et inattendus !